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« Ne pleure pas » n’est PAS la réponse adéquate face à un enfant en larmes

 

Llanto de nina por karin taylor

Habituellement, quand nous voulons apaiser l’angoisse d’un enfant qui a chuté ou qui se met en colère, nous utilisons des phrases du type : «ne pleure pas», «il faut être courageux-se», «les hommes ne pleurent pas», «tu crois que c’est en pleurant que les choses vont aller mieux ?», etc.

Avons-nous pris le temps de penser aux conséquences de ces phrases ? Nous ne disons pas seulement NON à la conduite, nous disons également NON à l’enfant et à ses émotions. Nous leur apprenons à les réprimer au lieu de les exprimer et cela a sans aucun doute de graves répercussions sur son développement et sur celui de la société.

Il n’y a rien d’étrange à ce que nous éduquions les enfants de cette façon car nous reproduisons le message éducatif que nous avons reçu, pour la grande majorité d’entre nous. C’est pour cela, en ce sens, que la même chose se produit quand nous utilisons ces phrases pour les adultes : pourquoi ne pas pleurer si quelque chose nous fait mal ? Les larmes sont un mécanisme naturel qui doit être utilisé.

Si nous voulons que nos enfants comprennent leurs émotions et puissent en faire l’expérience, nous devons ôter certaines phrases de nos discours et de nos habitudes qui peuvent servir d’exemple. Cela est, sans aucun doute, contraire à notre habitude de bloquer des pensées, des émotions et des comportements.

– Laisse-les partir, Lucie, dit la grand-mère.

– Qui ?

– Les larmes ! Parfois, tu crois qu’il y en a tellement qu’elles vont finir par t’étouffer, mais ce n’est pas le cas.

– Tu crois qu’un jour elles arrêteront de couler ?

– Bien sûr ! s’exclama la grand-mère avec un sourire plein de tendresse. Les larmes ne restent jamais longtemps au même endroit, elles font leur travail et continuent leur chemin.

– Et elles font quoi comme travail ?

– Les larmes sont de l’eau, Lucie ! Elles nettoient, elles rincent… Comme la pluie. Tout est différent après le passage de la pluie.


- Extrait de La pluie sait pourquoi (La lluvia sabe por qué) de Maria Fernanda Heredia–

Quand nous nourrissons les enfants avec de l’amour, les peurs meurent de faim

Il faut les aider à identifier les causes de leurs pleurs et à canaliser leurs émotions, en favorisant leur capacité de régulation. Ce dernier point est important car, normalement, leurs pleurs sont provoqués par une gêne qui rompt leur tranquillité.

Heureusement, la nature est sage et a lutté contre le modèle éducatif dominant pour permettre à la tristesse d’être l’émotion la plus empathique. Notre esprit et notre cerveau ont une prédisposition spéciale pour gérer la tristesse, pour faire preuve d’empathie avec elle et pour favoriser la consolation de ceux qui sont en face de nous quand nous nous sentons dans cet état.

Il apparaît que des années d’éducation avec un modèle incorrect nous ont fait réprimer des émotions négatives mais saines, uniquement pour valider socialement et individuellement la version la plus tranquille de nous-mêmes.

Nous devons apprendre aux enfants que la tristesse a beaucoup de causes, qu’il s’agit d’une réponse naturelle face à quelque chose qui nous dérange et qui peut être canalisé. Nous devons offrir des modèles d’auto-régulation adéquats et favoriser la capacité de réflexion que le mal-être nous offre.

Quand nous leur indiquons de réprimer leurs émotions avec des phrases du style «ne pleure pas», nous favorisons un affrontement basé sur la peur et la négation du message que les pleurs offrent. Mais qu’il s’agisse d’une émotion dérangeant et négative ne signifie pas qu’elle soit mauvaise.

Ainsi, en plus de chercher à comprendre, nous avons l’obligation de les aider à soulager cette émotion et à sortir de ce cercle. Sur ce point, il faut faire attention au degré de gêne des pleurs et, pour cela, il faut faire face à une attente et à une règle éducative ferme : ne pas permettre les excès de colère.

En ce qui concerne ce point, il faut souligner que chez les enfants, surtout entre 2 et 6 ans, les colères sont fréquentes et surtout importantes. Y faire face nous place face à une perspective que nous ne pouvons sous-estimer, en prenant en compte son moment évolutif avec ses besoins et ses forces.

Dans ces cas-là, nous pouvons devenir fous/folles, mais il est essentiel et important que nos mots transmettent le message de «oui aux sentiments et oui à l’enfant, non à la mauvaise conduite». Attention, nous pouvons valider les émotions et les sentiments en nous plaçant au même niveau de compréhension que l’enfant et en favorisant l’introspection.

Nous savons que les émotions ne se dévoilent pas en exclusivité mais sont extrêmement complexes. Par exemple, nous devons leur enseigner progressivement qu’être triste n’est pas incompatible avec le fait d’être en colère ou d’avoir honte. Ils intégreront cette idée petit à petit en grandissant et en développant leurs pensées.

Pour conclure, nous pouvons dire que, peu importe d’où viennent les larmes, favoriser l’analyse de l’enfant et mettre des mots sur l’origine de son mal-être va permettre une meilleure régulation ainsi qu’une meilleure réflexivité à un moment où ses pensées sont complètement désordonnées et «ne répondent pas» de manière adéquate.

Illustrations de Karin Taylor

Lecture recommandée : Discipline sans larmes de Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson.

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